ENSEMBLE FORUM 28

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CITOYENNETÉ


Moi…

ou l’intérêt général ?


Affluence au Ciné-Centre de Dreux vendredi 22 janvier pour la projection du film de Sophie Metrich et Julien Milanesi, L’Intérêt général et moi, né de leur engagement  contre la construction de l'autoroute Langon-Pau (A65). L’AVERN et les associations de la FEEL engagées contre la mise en concession autoroutière de la N 154 et de la N 12 avaient mobilisé largement leurs militants et sympathisants (mais les élus de la communauté de communes brillaient par leur absence…) pour découvrir  ce documentaire qui décrit les combats d’habitants de plusieurs régions touchées par la construction de grandes infrastructures de transport. Trois cas ont été choisis par les réalisateurs : l’A65 qui a été ouverte en 2010 malgré la lutte des populations, la Ligne à Grande Vitesse (LGV) qui doit relier Bordeaux à Toulouse avec une liaison vers l’Espagne, le projet d’aéroport à Notre-Dame des Landes, toujours reporté. Un débat a suivi la projection en présence de  Hervé Kempf, essayiste écologiste, rédacteur en chef du quotidien en ligne reporterre.net.


Ce  documentaire de qualité a été réalisé par une artiste pluridisciplinaire (théâtre, production, réalisation) et un professeur d’économie. Au-delà de quelques longueurs, il possède une valeur indéniable par la variété des angles choisis, les nombreux témoignages, les points de vues opposés des élus interviewés, la rhétorique des institutionnels, les interviews des citoyens entrés en résistance. L’esthétique des séquences dansées joue pleinement son rôle de témoignage émotionnel, quand les mots deviennent impuissants.


C’est avant tout un film qui fait penser, excellente base pour un débat.

Des associatifs se livrent à des analyses intéressantes qui mettent en avant les points forts de ces mouvements citoyens et cherchent à expliquer les raisons des reculs de l’État ou les échecs des opposants. La  grande proximité entre certains responsables politiques et des partenaires privés est dénoncée.  Des informations chiffrées, présentées en séquences d’animation  par les réalisateurs, donnent du grain à moudre à qui veut réfléchir aux véritables finalités de ces décisions qui mettent les populations en mouvement.


Tous ces grands sujets sont au cœur d’un processus de transformation économique  et sociale de grande ampleur qu’il nous reste à bâtir. Belle tâche autant difficile que nécessaire, urgente et globale ! Le débat a montré l’importance du rôle des citoyens, quand ils aident ceux qui découvrent qu’un grand projet va bouleverser leur vie personnelle, à passer de l’intérêt individuel à la conscience de l’intérêt collectif. Importance aussi de l’acquisition d’une expertise par les collectifs de citoyens. Nécessité absolue d’élargir la base de la population et des organisations engagées dans l’action.


Les mobilisations qui montent embarrassent les pouvoirs publics, comme à Sivens, à Notre-Dame des Landes, à Bure où l’enfouissement des déchets nucléaires est contesté. Ailleurs ce sont des Center Parcs ou des zones commerciales qui développent le consumérisme des loisirs et des biens à l’utilité douteuse, alors que devraient s’imposer le respect de la biodiversité et une modération dans l’usage des ressources naturelles.  H. Kempf a conseillé, en citant Stéphane Hessel : Indignez-vous, engagez-vous, soyez de plus en plus nombreux !



Au fait, c’est quoi l’intérêt général ?


Mais la discussion n’a pas permis de mettre sur le métier la recherche des critères, des conditions, des objectifs  qui pourraient permettre de déterminer sans erreur ce qu’est l’intérêt général. Les difficultés sont bien présentes, le film l’a montré, quelques  interventions de spectateurs aussi. Certains projets sont défendus sur la base d’une argumentation ancienne qui ne tient pas assez compte des réalités actuelles. Le mensonge est parfois au cœur des projets imposés, camouflant les intérêts financiers privés et parfois l’intérêt électoraliste. Il revient aux citoyens d’argumenter à leur tour sur d’autres bases.


Fréquemment, l’Etat et certains élus territoriaux  défendent un projet en invoquant la création d’emplois (souvent hypothétiques ou provisoires) comme un intérêt supérieur propre à faire taire les contestations. Et pourtant, si l’emploi fait défaut, ce n’est pas parce que la France (ou l’Eure-et-Loir…) hésiterait à construire des autoroutes, des parcs de loisirs ou de grands centres commerciaux ! On frôle plutôt la saturation !


Autres questions : un projet dont l’intérêt local peut sembler évident aux habitants pourrait-il entrer en contradiction avec l’intérêt général du pays ou les besoins réels d’un groupe  de pays (pensons à la césure entre pays du Sud et pays du Nord) ? Quel poids doit avoir désormais la préservation du climat ? La répartition juste des richesses créées, ici et ailleurs, est-elle sans rapport avec l’appréciation que l’on peut porter sur ces projets ?


Sans pensée globale on est menacé d’une erreur de jugement concernant des projets particuliers, c’est ce que nous devons ne pas oublier, comme le dit la devise du mouvement environnemental, « penser global, agir local ». Généreux programme.


H. Kempf a plaidé pour une vision globale, mondialiste, de ces questions en expliquant que vouloir le développement des circuits courts, retrouver ses racines, protéger la diversité des espèces ne peut pas se solder par un retour en arrière. Des racines ont vocation à alimenter les feuillages qui sont les solutions pour l’avenir, chez nous comme dans tous les pays du monde.


Il y a tant à dire encore. Alors, vite, faisons venir ce film dans d’autres salles du département et débattons des situations locales en commençant par l’axe nord-sud autoroutier qui nous menace!

 

Les initiateurs de cette soirée ont récolté de nombreuses signatures sur la pétition Non à la privatisation des RN154 et RN12, non aux péages !                                                            M.C.



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