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SOCIAL/LUTTES

LOI EL KHOMRI,   14 JUIN À PARIS

  

La classe ouvrière au cœur

de la manifestation



Plusieurs centaines de milliers de personnes ont fait irruption dans la capitale, dont certaines ont repris le travail le lendemain à 7h ou 8h après une nuit de bus. C’était d’abord la classe ouvrière industrielle qui était là, avec ses visages marqués, ses chants de colère ou de joie, ses drapeaux et oriflammes syndicaux, ses fanfares, cornes de brume et tambours.  On n’avait pas vu cela, des travailleurs rassemblés sur un enjeu national, depuis longtemps. Car où voit-on les ouvriers et ouvrières depuis des années ? Depuis la crise de 2008, on les voit à la télé devant des usines menacées de fermeture, parfois dans le désespoir de luttes au bout du rouleau, ou dans la contre-violence de PDG « retenus » dans leurs bureaux, parfois avec la chemise un peu déchirée.


Ce sont donc celles et ceux qui ne sont jamais visibles, perpétuellement oubliés ou niés dans leur existence sociale, qui ont été, pour une fois, en pleine lumière et fiers de montrer leur détermination. Malheureusement, la stratégie de  l’affrontement totalement assumée par des groupes minoritaires et symétriquement alimentée par une police obéissant à des ordres attisant les provocations, a empêché cette irruption populaire de faire pleinement l’évènement politique national comme elle le méritait. Une nouvelle bataille d’opinion s’impose pour faire toute la lumière sur cette journée.


Témoignages


   Des dizaines de cars bloqués à l’entrée de la capitale, sur le périph, dans les tunnels. L’Humanité du 15 juin s’interroge : Le gouvernement a peut-être trouvé un moyen d’en finir avec l’éternelle querelle de chiffres entre les syndicats et la police… en interdisant aux manifestants d’accéder au lieu du rassemblement. La méthode a le mérite de valider l’idée d’un essoufflement de la mobilisation contre la loi travail à la veille de la rencontre, vendredi, entre le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, et la ministre Myriam El Khomri, porteuse du texte. […] Des manifestants venus de différentes régions qui tentaient de converger vers Paris ont vu leurs cars bloqués par la police, notamment au niveau de la porte d’Italie, comme en témoignent plusieurs syndicalistes. « Des militants de l’Ardèche ont été bloqués dans un tunnel avant de pouvoir accéder au périphérique parisien. De nombreux bus étaient dans le même cas. Et évidemment les passagers n’avaient pas non plus le droit de descendre », rapporte Bernard, un militant de la CGT Caisse d’épargne."


   Daniel, d’Eure-et-Loir, commente : « Et bien, nous, nous sommes descendus ... et on a beaucoup marché ! En plus du parcours de la manif, on s'est tapé Porte d'Italie à Place d'Italie ... comme mise en jambes ! »




  












   Murielle ajoute : « Nos cars, partis de Chartres, ont été bloqués durant une heure, guère plus longtemps que le temps passé à rouler sur l’autoroute. Les occupants impatientés ont insisté pour en descendre. De nombreux cars se vidaient autour de nous, tout le monde partait en manifestation  déployant les drapeaux en quittant le tunnel et remontait la bretelle qui débouchait Porte d’Italie. On se faisait entendre avec force, sorte de répétition générale joyeuse ! J’ai voulu prendre des photos, j’ai donc perdu le groupe mais avec d’autres manifestants venus de la région Centre, du Loiret, du Loir-et-Cher, d’Indre-et-Loire impossible de s’ennuyer sur ce parcours improvisé! »



Des délégations massives


Dans le corps de la manifestation on voit défiler des noms d’usines les plus divers, qu’on ne voit jamais habituellement dans les manifestations syndicales souvent dominées par les « services publics » : Toyota, Airbus de Nantes venus à 400, les marins et employé.e.s de Brittany Ferries de Brest, Renault, l’armada des dockers du Havre, certains d’une très grande jeunesse. Ils sont venus à 2500 et il y en a encore 1000 qui manifestent au Havre. Il y a aussi ceux de Fos-sur-Mer ainsi que des centaines de raffineurs très en pointe depuis des semaines, des sidérurgistes et métallurgistes, etc. Des verriers du Puy-de-Dôme, des équipementiers, un grand nombre de travailleurs.ses d’entreprises de tailles plus modestes pas toujours identifiables par les manifestants néophytes.


En fait, dans la manifestation, tout est souvent mélangé : les régions, les villes, les entreprises, les syndicats, les pancartes politiques.  L’avenue est parfois large, avec un trottoir au centre : à gauche défile FO Côte d’Or, à droite les métallos CGT du Pas de Calais ! Beaucoup de groupes des régions sont identifiables par leur banderole de tête, où se mêlent les salarié.e.s d’entreprises, les enseignants, les retraité.e.s, mais il n’est pas sûr que tout le monde soit bien resté derrière la banderole, l’attente ayant été parfois si longue avant de démarrer que les impatients sont partis en avant, utilisant les contre-allées ou se mêlant au flot.


Les violences survenues en avant de la manifestation permettent au pouvoir d’attaquer ignominieusement le syndicalisme et la liberté de manifester mais ne peuvent masquer, au-delà de la querelle des chiffres, l’immense succès de la manifestation et la persévérance de la lutte qui feront date dans les annales de l’histoire sociale française.



« Soyons ingouvernables »


Il y avait deux têtes de manifestation. À l’avant, des salariés grévistes (postiers, cheminots…), des groupes d’étudiant.e.s et de jeunes des facs maintenant désertées, des individuels curieux, 5 à 10.000 personnes. Certaines très déterminées, avec des pancartes politiques exprimant la radicalisation de la situation : « Soyons ingouvernables », « Démission générale ».


Parmi elles, quelques centaines seulement se sont encagoulées et équipées dès le début. Les incidents ont commencé assez vite, d’une gravité croissante, des bris d’abribus et de vitrines. Sur les chaînes de télévision en continu, qui ont sauté sur l’aubaine, ces actes ont masqué tout l’après-midi, le véritable évènement de la journée qui commençait derrière la deuxième tête de manifestation.