ENSEMBLE FORUM 28
ENSEMBLE FORUM 28
SOCIAL/LUTTES
LOI EL KHOMRI, 14 JUIN À PARIS
La classe ouvrière au cœur
de la manifestation
Plusieurs centaines de milliers de personnes ont fait irruption dans la capitale, dont certaines ont repris le travail le lendemain à 7h ou 8h après une nuit de bus. C’était d’abord la classe ouvrière industrielle qui était là, avec ses visages marqués, ses chants de colère ou de joie, ses drapeaux et oriflammes syndicaux, ses fanfares, cornes de brume et tambours. On n’avait pas vu cela, des travailleurs rassemblés sur un enjeu national, depuis longtemps. Car où voit-
Ce sont donc celles et ceux qui ne sont jamais visibles, perpétuellement oubliés ou niés dans leur existence sociale, qui ont été, pour une fois, en pleine lumière et fiers de montrer leur détermination. Malheureusement, la stratégie de l’affrontement totalement assumée par des groupes minoritaires et symétriquement alimentée par une police obéissant à des ordres attisant les provocations, a empêché cette irruption populaire de faire pleinement l’évènement politique national comme elle le méritait. Une nouvelle bataille d’opinion s’impose pour faire toute la lumière sur cette journée.
Témoignages
Des dizaines de cars bloqués à l’entrée de la capitale, sur le périph, dans les tunnels. L’Humanité du 15 juin s’interroge : Le gouvernement a peut-
Daniel, d’Eure-
Murielle ajoute : « Nos cars, partis de Chartres, ont été bloqués durant une heure, guère plus longtemps que le temps passé à rouler sur l’autoroute. Les occupants impatientés ont insisté pour en descendre. De nombreux cars se vidaient autour de nous, tout le monde partait en manifestation déployant les drapeaux en quittant le tunnel et remontait la bretelle qui débouchait Porte d’Italie. On se faisait entendre avec force, sorte de répétition générale joyeuse ! J’ai voulu prendre des photos, j’ai donc perdu le groupe mais avec d’autres manifestants venus de la région Centre, du Loiret, du Loir-
Des délégations massives
Dans le corps de la manifestation on voit défiler des noms d’usines les plus divers, qu’on ne voit jamais habituellement dans les manifestations syndicales souvent dominées par les « services publics » : Toyota, Airbus de Nantes venus à 400, les marins et employé.e.s de Brittany Ferries de Brest, Renault, l’armada des dockers du Havre, certains d’une très grande jeunesse. Ils sont venus à 2500 et il y en a encore 1000 qui manifestent au Havre. Il y a aussi ceux de Fos-
En fait, dans la manifestation, tout est souvent mélangé : les régions, les villes, les entreprises, les syndicats, les pancartes politiques. L’avenue est parfois large, avec un trottoir au centre : à gauche défile FO Côte d’Or, à droite les métallos CGT du Pas de Calais ! Beaucoup de groupes des régions sont identifiables par leur banderole de tête, où se mêlent les salarié.e.s d’entreprises, les enseignants, les retraité.e.s, mais il n’est pas sûr que tout le monde soit bien resté derrière la banderole, l’attente ayant été parfois si longue avant de démarrer que les impatients sont partis en avant, utilisant les contre-
Les violences survenues en avant de la manifestation permettent au pouvoir d’attaquer ignominieusement le syndicalisme et la liberté de manifester mais ne peuvent masquer, au-
« Soyons ingouvernables »
Il y avait deux têtes de manifestation. À l’avant, des salariés grévistes (postiers, cheminots…), des groupes d’étudiant.e.s et de jeunes des facs maintenant désertées, des individuels curieux, 5 à 10.000 personnes. Certaines très déterminées, avec des pancartes politiques exprimant la radicalisation de la situation : « Soyons ingouvernables », « Démission générale ».
Parmi elles, quelques centaines seulement se sont encagoulées et équipées dès le début. Les incidents ont commencé assez vite, d’une gravité croissante, des bris d’abribus et de vitrines. Sur les chaînes de télévision en continu, qui ont sauté sur l’aubaine, ces actes ont masqué tout l’après-