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SOLIDARITÉS

Calais –> Eure-&-Loir

Bienvenue aux réfugiés !


Il y a bien des manières d’aborder le sujet des migrants arrivés par milliers dans notre pays et de ceux qui ont été « mis à l’abri » dans les départements. Disons, pour commencer, que les recevoir est un soulagement! Soulagement de voir des êtres humains traités enfin plus correctement, avec la participation d’associations et de bénévoles, soulagement de sortir - même si c’est pour une courte période - de la honteuse politique d’abandon du principe de fraternité. Donc, bienvenue à nos frères humains du Soudan, d’Afghanistan, de l’Erythrée… et autres pays martyrisés.


On peut aussi décider d’évoquer le campement de Calais en choisissant le vocabulaire le plus effrayant, lieu « épouvantable », « dangereux », « horrible », ou « jungle » comme l’appellent eux-mêmes ceux qui y ont vécu. Mais on peut aussi nuancer le propos en évoquant le magnifique travail de construction collaborative qui a remplacé par une sorte de ville-monde un misérable amoncellement de toiles et de cartons dans la boue omniprésente. Des volontaires, venus de nombreux pays européens, des associations du Calaisis et d’ailleurs,  des  architectes, des artistes ont contribué à construire et à faire vivre cette ville, aidés par des médecins, des avocats, et les réfugiés eux-mêmes.

La « jungle » de Calais avant sa destruction, telle que présentée par le site anglais du Daily Mail : église, mosquée, théâtre, espace artistique…

On peut parler de violences, oui, mais d’origines multiples : celles de personnes physiquement épuisées et psychologiquement fragilisées, d’occupants peu scrupuleux, de passeurs aussi.


 Violence des affrontements entre les migrants et les forces de l’ordre qui protègent le passage vers le Royaume-Uni, suivant l’accord du Touquet.


Violence de la situation qui impose la nécessité vitale de supporter les intempéries, le terrain inadéquat, les rats, les files d’attente interminables.


Mais aussi violence provenant des institutions qui, malgré la triste expérience de Sangatte, se sont refusées à offrir des réponses humaines ; l’État français et la plupart des pays européens ont été  incapables d’ouvrir les frontières de nos pays d’une manière négociée et coopérative et ont préféré s’en tenir à des accords inutiles et finalement criminels : l’Accord du Touquet en 2003, le règlement de Dublin en 2013, jusqu’à passer avec la Turquie autoritaire et liberticide d’Erdogan un accord honteux en mars 2016 pour qu’elle contienne les migrants en-deçà de la Méditerranée.


Et, encouragés en ce sens par autant d’abandons, violence de certains de nos compatriotes et d’élus refusant d’accueillir des migrants, entraînés par des propos xénophobes qui gangrènent des partis politiques  de droite et d’extrême-droite. Dans cet esprit, le Front National régional a présenté un vœu intitulé « Ma région sans migrants » au Conseil régional Centre-Val-de-Loire, le 13 octobre dernier.




Morts en mer !


2016 a connu un nombre «record» de morts et disparus en Méditerranée : au moins 3800 entre janvier et octobre. Autant que sur toute l’année 2015. Taux de décès : 1 sur 88 migrants ayant tenté la traversée au lieu de 1 sur 269 en 2015.




Quel avenir ?


Quel avenir pour les 5600 réfugiés et 1500 jeunes mineurs ? Et pour ceux qui continueront de tenter le passage en Angleterre ? et ceux qui continuent de fuir les lieux de conflit et la misère ? Quel avenir pour les réfugiés accueillis dans les villes d’Eure-et-Loir ?


La Préfète du Pas-de-Calais, Fabienne Buccio, a déclaré à la fin des trois journées de démantèlement : « Une page se tourne pour ces migrants » qui « vont pouvoir commencer une nouvelle vie ». En France ? Vraiment ? Que cache cette phrase ?


Les personnes concernées ont des situations variées : détenteurs d’un titre de séjour, demandeurs d’asile ou en situation irrégulière. Avec ou sans-papiers. Or, le Préfet de notre région, Nacer Meddha, ne cache pas que le séjour dans les CAO1 doit être « temporaire », deux mois environ. Les situations seront étudiées dans un temps record (jusqu’à maintenant il fallait 6 mois) pour déterminer le statut de chaque demandeur et cela aboutira à une nouvelle répartition : entre les migrants « relevant du droit d’asile » qui seront envoyés dans les CADA2 et ceux  qui seront probablement regroupés dans les centres de rétention (CRA3) avant d’être renvoyés dans leur pays d’origine… souvent en guerre.

Rien n’est réglé !


Le démantèlement de l’immense bidonville de Calais ne règle pas le devenir de ces milliers de femmes, d'hommes et de mineurs qui ont fui la guerre, les persécutions et la misère. Ce n'est pas la solution non plus pour les mineurs isolé-e-s ayant de la famille outre-Manche ou en situation de vulnérabilité et que le gouvernement britannique accueille au compte-gouttes. Ce démantèlement ne tarira jamais le flot des migrants, ni à Calais, ni le long de la côte. Ils y viendront quand même et toujours ils tenteront de passer, au péril de leur vie, en Grande- Bretagne. On continuera à venir mourir à cette frontière si les accords ne sont pas revus. Comme le constate la CIMADE4, des arrestations ont déjà eu lieu, le camp de Calais à peine vidé, des exilés qui n’ont pas voulu rejoindre un CAO ont été dirigés vers des CRA.  La CIMADE écrit :


En Région Centre et en Eure-et-Loir - Chiffres



















L’Écho républicain du 26-10-2016


    

    580 réfugiés sont attendus en région Centre-VdL, le nombre des personnes dirigées vers notre département est inconnu au jour de la rédaction de cet article.


    25 sont arrivées à Dreux , 26 à Nogent-le-Rotrou le 24 octobre, essentiellement des Soudanais, des Afghans, des Erythréens. D’autres villes seront concernées : à La Loupe, d’après le maire, on attend surtout des familles, à Mainvilliers 15 migrants seraient prévus et 30 à Châteaudun.  Certaines communes recevront peut-être des réfugiés qui viendront après le démantèlement des camps installés dans Paris, ce sera le cas du Loiret.


« Entre le 24 et le 27 octobre, ce sont déjà 90 personnes exilées en provenance de Calais qui ont été privées de liberté en rétention. Parmi elles, on retrouve les mêmes nationalités, les mêmes parcours et les mêmes craintes en cas de retour que pour celles qui ont choisi d’aller dans les CAO. 25 Soudanais, 18 Afghans, 7 Érythréens, 4 Syriens, 3 Iraquiens, autant de personnes que la France ne peut pas expulser dans des pays en guerre ou dans lesquels les violences sont généralisées. L’an passé, la même opération avait conduit à l’enfermement puis à la libération de plus de 90% des 1200 personnes concernées. Les CRA et la violence de cet enfermement ne doivent pas servir à éloigner les exilés de la ville de Calais. Ils ont aussi besoin d’un accueil digne et pérenne.

Refusons que, de nouveau, les réfugié-e-s soient condamné-e-s à l'errance et à de nouveaux Calais. La France et l'Union européenne doivent devenir des terres d'accueil ».




___________


 1. Centres d’accueil et d’orientation (CAO)

 2. Centres d'accueil de demandeurs d'asile (CADA)

 3. Centres de rétention administrative (CRA)

 4. Comité inter mouvements auprès des évacués (CIMADE), service œcuménique d’entraide